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RecouvrementIntérêts de retard

Intérêts de retard entre professionnels : les réflexes à adopter

Une créance impayée coûte souvent plus cher que son montant initial

Les retards de paiement peuvent rapidement fragiliser la trésorerie d'une entreprise. Or, le droit français ne se contente pas d'autoriser le créancier à réclamer le principal : il prévoit également des pénalités de retard et une indemnité forfaitaire destinée à compenser les frais de recouvrement.

L'objectif est simple : décourager les retards de paiement qui pèsent sur l'économie et rééquilibrer les relations commerciales.

Quel est le cadre juridique applicable ?

Les intérêts de retard entre professionnels sont principalement régis par l'article L. 441-10 du Code de commerce. Celui-ci prévoit que lorsque la facture n'est pas réglée à la date convenue, des pénalités de retard deviennent exigibles de plein droit.

Autrement dit, le créancier n'a pas à démontrer un préjudice spécifique.

Le même texte impose également que les conditions générales de vente (CGV) mentionnent :

  • les conditions d'application des pénalités ;

  • le taux applicable ;

  • l'indemnité forfaitaire de recouvrement.

En complément, l'article D. 441-5 du Code de commerce fixe à 40 euros l'indemnité forfaitaire due pour frais de recouvrement.

Ces dispositions résultent également du dispositif européen de lutte contre les retards de paiement dans les transactions commerciales.

À partir de quand les pénalités sont-elles dues ?

L'un des points les plus mal compris par les entreprises concerne le caractère automatique des pénalités.

Dès le lendemain de la date d'échéance figurant sur la facture, le débiteur professionnel devient redevable des intérêts de retard.

En pratique, une mise en demeure reste généralement recommandée pour des raisons de preuve et d'efficacité commerciale, mais elle n'est pas une condition préalable à la naissance de la créance de pénalités.

Exemple :

Une société de compléments alimentaires émet une facture payable à 45 jours fin de mois. Le règlement n'intervient qu'un mois après l'échéance. Les pénalités courent automatiquement pendant toute la période de retard.

Comment déterminer le taux applicable ?

Deux situations doivent être distinguées.

Le contrat ou les CGV prévoient un taux

Dans ce cas, le taux convenu s'applique, sous réserve qu'il respecte le minimum légal.

Aucun taux n'est prévu

À défaut de stipulation contractuelle, le taux légal de référence est celui prévu par le Code de commerce, correspondant au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points.

Cette règle évite qu'un débiteur puisse profiter d'une omission contractuelle pour échapper aux pénalités.

L'indemnité forfaitaire de 40 euros : un droit souvent oublié

En cas de retard de paiement entre professionnels, le créancier peut demander, en plus des pénalités de retard, une indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement.

Cette somme est due automatiquement pour chaque facture concernée.

Lorsque les frais réellement exposés sont supérieurs, notamment en présence d'interventions d'huissier ou d'avocat, une indemnisation complémentaire peut également être réclamée sur justification.

Les erreurs les plus fréquentes

Oublier les mentions obligatoires

L'absence de mention des pénalités de retard et de l'indemnité de 40 euros dans les CGV ou sur les documents commerciaux ainsi que les factures constitue une erreur fréquente.

Accepter des délais excessifs

Certaines entreprises consentent des délais dépassant les plafonds autorisés par le Code de commerce. Ces pratiques peuvent exposer les parties à des contrôles et sanctions administratives.

Réagir trop tard

Plus le retard s'installe, plus le risque d'insolvabilité augmente. Les premières démarches doivent être engagées rapidement.

Négliger la preuve

Facture, bon de commande, accusé de réception de marchandises, preuve de livraison et échanges commerciaux doivent être conservés. En contentieux, ces documents deviennent déterminants.

Bon réflexe : intégrer le sujet dès la négociation commerciale

Le meilleur recouvrement reste celui qui n'a pas besoin d'être mis en œuvre.

Une politique contractuelle cohérente permet de réduire significativement les incidents de paiement :

  • CGV à jour ;

  • conditions de règlement clairement définies ;

  • échéances identifiables ;

  • mentions obligatoires systématiquement reproduites sur les factures ;

  • suivi régulier des encours.

Conclusion

Les intérêts de retard ne sont pas une sanction exceptionnelle : ils constituent un mécanisme légal destiné à protéger les créanciers professionnels. Encore faut-il que les CGV, les factures et les processus de recouvrement soient correctement structurés.

Une vérification périodique de votre documentation commerciale permet souvent d'éviter de renoncer involontairement à des sommes qui peuvent devenir significatives lorsque les retards se multiplient.


FAQ

Les intérêts de retard sont-ils dus même sans mise en demeure ?

Oui. En principe, ils courent automatiquement à compter du lendemain de la date d'échéance de la facture.

L'indemnité forfaitaire de 40 euros est-elle obligatoire ?

Oui, lorsqu'une facture entre professionnels est payée en retard, l'indemnité forfaitaire de 40 euros est due de plein droit.

Peut-on prévoir un taux de pénalités dans les CGV ?

Oui. Les CGV doivent même mentionner le taux applicable, sous réserve du respect du minimum légal.

Peut-on réclamer davantage que 40 euros de frais de recouvrement ?

Oui, si les frais réellement engagés dépassent ce montant et peuvent être justifiés.

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Tanguy Renault, avocat en droit économique et régulation

À propos de l'auteur

Tanguy Renault

Avocat au Barreau de Paris

J'accompagne les entreprises des secteurs Food, Pharma & Santé et FMCG dans la définition de leur stratégie commerciale.

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