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Pré contentieux

Mise en demeure d’un concurrent : comment réagir ?

Vous recevez une mise en demeure d’un concurrent ? Découvrez les réflexes à adopter pour préserver vos droits, sécuriser vos preuves et préparer efficacement votre réponse avant tout contentieux.

Un directeur commercial découvre un courrier recommandé envoyé par un concurrent. Celui-ci l’accuse de publicité trompeuse, de copie de packaging ou encore de pratiques de concurrence déloyale, et exige la cessation immédiate des faits sous peine de poursuites.

La tentation est forte de répondre immédiatement ou, au contraire, d’ignorer le courrier. Dans les deux cas, le risque est réel. Une mise en demeure constitue souvent la première étape d’un contentieux. Elle mérite donc une analyse rigoureuse.

Ne jamais répondre dans la précipitation

La première erreur consiste à envoyer une réponse à chaud, rédigée par une personne opérationnelle de l’entreprise.

Toute affirmation écrite pourra être produite ultérieurement devant un tribunal. Reconnaître involontairement certains faits ou formuler des explications maladroites peut fragiliser votre position.

Avant toute réponse, il convient d’identifier précisément :

  • les griefs formulés ;

  • les textes invoqués ;

  • les demandes du concurrent ;

  • les délais imposés ;

  • le risque contentieux sous-jacent.

Dans certains secteurs réglementés (agroalimentaire, cosmétique, dispositifs médicaux ou compléments alimentaires), les accusations portent fréquemment sur des allégations produits, des revendications de santé ou des mentions d’étiquetage.

Conserver immédiatement les éléments de preuve

Dès réception de la mise en demeure, il est essentiel de préserver l’ensemble des éléments utiles au dossier.

Par exemple :

  • versions des emballages ;

  • supports publicitaires ;

  • pages internet ;

  • campagnes marketing ;

  • échanges commerciaux ;

  • études ou justificatifs techniques.

Cette démarche peut s'avérer déterminante si le litige évolue vers une action en concurrence déloyale fondée sur l'article 1240 du Code civil ou devant le tribunal des activités économiques.

Une suppression de documents ou une modification a posteriori des supports peut être interprétée défavorablement.

Vérifier la réalité des reproches formulés

Toutes les mises en demeure ne sont pas fondées.

Certaines poursuivent un objectif légitime de protection des droits d'un opérateur économique. D'autres sont utilisées comme outil de pression commerciale ou concurrentielle.

Il convient notamment d'examiner :

  • l'existence réelle du droit invoqué ;

  • la démonstration du préjudice allégué ;

  • les pièces produites ;

  • la prescription éventuelle des demandes ;

  • l'existence d'une pratique effectivement illicite.

Ainsi, un concurrent peut reprocher une imitation de packaging. Encore faut-il démontrer l'existence d'un risque de confusion ou d'actes de concurrence déloyale caractérisés selon la jurisprudence.

Préparer une réponse stratégique

Une réponse efficace ne consiste pas toujours à contester systématiquement l'ensemble des accusations.

Selon les circonstances, plusieurs approches sont envisageables :

Réfuter les griefs

Lorsque les accusations apparaissent infondées, une réponse argumentée permet de fixer votre position et de démontrer votre volonté de défendre vos droits.

Demander des précisions

Il arrive que les allégations soient vagues ou insuffisamment étayées. Une demande de compléments d'information peut permettre de mieux évaluer le risque.

Corriger certains points

Si une non-conformité mineure est identifiée, une mesure corrective rapide peut parfois éviter une procédure longue et coûteuse.

Ouvrir une discussion amiable

Une négociation peut être pertinente lorsque les enjeux commerciaux dépassent le seul aspect juridique.

Exemple pratique : allégations dans le secteur cosmétique

Une marque cosmétique reçoit une mise en demeure lui reprochant des allégations promotionnelles insuffisamment justifiées.

Le concurrent soutient que certaines revendications produits contreviennent au règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques ainsi qu'au règlement (UE) n° 655/2013 encadrant les critères communs des allégations.

Avant toute réponse, l'entreprise doit :

  • réunir les dossiers de preuve ;

  • vérifier les études disponibles ;

  • analyser les allégations effectivement utilisées ;

  • évaluer les risques réglementaires et concurrentiels.

Une réponse précipitée pourrait conduire à reconnaître un défaut de justification qui n'existe en réalité pas.

Trois erreurs fréquentes à éviter

Ignorer la mise en demeure

Le silence peut être interprété comme un manque de sérieux et favoriser une action judiciaire rapide.

Répondre par des menaces

Une escalade verbale complique souvent les discussions et peut être contre-productive.

Modifier ses pratiques sans analyse préalable

Changer immédiatement un emballage ou retirer un produit peut parfois être interprété comme un aveu implicite.

Conclusion

Une mise en demeure adressée par un concurrent ne doit jamais être prise à la légère. Même lorsqu'elle paraît abusive, elle constitue généralement le signal d'un risque de contentieux. L'objectif n'est pas de répondre vite, mais de répondre utilement : analyser les accusations, préserver les preuves, mesurer les risques juridiques et adopter une stratégie cohérente avec les intérêts de l'entreprise. Une réaction maîtrisée dès les premiers jours permet souvent d'éviter des erreurs difficilement réparables par la suite.

FAQ

Peut-on ignorer une mise en demeure d'un concurrent ?

C'est déconseillé. Même en l'absence d'obligation légale de répondre, le silence peut accélérer l'engagement d'une procédure judiciaire.

Faut-il reconnaître les faits lorsqu'une erreur existe ?

Pas nécessairement. Toute réponse doit être réfléchie et s'inscrire dans une stratégie juridique globale.

Une mise en demeure signifie-t-elle qu'un procès est imminent ?

Non. De nombreuses mises en demeure donnent lieu à une résolution amiable. Elles constituent toutefois souvent une étape préparatoire à une action contentieuse.

Peut-on négocier après réception d'une mise en demeure ?

Oui. Une discussion amiable ou une médiation peut permettre de résoudre le différend sans procédure.

Quels documents faut-il conserver ?

Tous les supports liés aux faits reprochés : publicités, emballages, sites internet, échanges internes, études et justificatifs techniques.

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Tanguy Renault, avocat en droit économique et régulation

À propos de l'auteur

Tanguy Renault

Avocat au Barreau de Paris

J'accompagne les entreprises des secteurs Food, Pharma & Santé et FMCG dans la définition de leur stratégie commerciale.

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