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Pratique commerciale trompeusee-commerce

Avis trompeurs : quels risques pour les professionnels ?

Les avis clients influencent fortement les achats. Quels risques encourt une entreprise en cas d’avis trompeurs ou de faux avis ? Analyse des règles applicables, des sanctions et des bonnes pratiques de conformité.

Les avis clients sont désormais un sujet de conformité

Pour de nombreux consommateurs, la consultation des avis en ligne précède systématiquement l’achat d’un produit ou d’un service. Dans les secteurs agroalimentaire, cosmétique, pharmaceutique ou des compléments alimentaires, quelques dizaines d’avis positifs ou négatifs peuvent influencer significativement les ventes.

Cette importance économique a conduit le législateur français et européen à renforcer l'encadrement des avis consommateurs. Désormais, publier de faux avis, acheter des évaluations positives ou présenter de manière trompeuse des avis authentiques peut relever du régime des pratiques commerciales trompeuses prévu aux articles L. 121-1 et suivants du Code de la consommation.

Quand un avis devient-il juridiquement trompeur ?

Le risque ne concerne pas uniquement les faux commentaires rédigés de toutes pièces.

Depuis les évolutions du droit de la consommation issues notamment de la directive européenne dite « Omnibus », plusieurs comportements peuvent être sanctionnés :

  • publier de faux avis ;

  • faire rédiger des avis par des salariés ou prestataires sans le préciser ;

  • acheter des avis positifs ;

  • supprimer systématiquement les avis négatifs ;

  • prétendre que les avis émanent de consommateurs ayant réellement acheté le produit alors qu'aucune vérification n'est effectuée ;

  • présenter de manière partielle ou biaisée les retours clients.

L'article L. 121-2 du Code de la consommation qualifie notamment de pratique commerciale trompeuse toute présentation ou indication fausse ou de nature à induire le consommateur en erreur.

Par ailleurs, l'article L. 121-3 vise les omissions trompeuses, ce qui peut concerner l'absence d'information sur les modalités de collecte ou de modération des avis.

Un risque particulièrement élevé pour les produits réglementés

Dans les secteurs soumis à une réglementation spécifique, l'impact des avis est encore plus sensible.

Prenons l'exemple d'une marque de compléments alimentaires mettant en avant des centaines d'avis affirmant qu'un produit « fait disparaître les douleurs articulaires ». Si ces témoignages sont fabriqués ou ne résultent pas d'expériences vérifiées, le professionnel s'expose non seulement au risque lié aux faux avis, mais également à des problématiques relatives aux allégations de santé.

De même, un fabricant de cosmétiques qui met artificiellement en avant des commentaires vantant des effets « cliniquement prouvés » pourrait voir sa responsabilité engagée si ces affirmations induisent le consommateur en erreur sur les caractéristiques essentielles du produit.

Les autorités de contrôle accordent une attention particulière à l'ensemble des communications commerciales participant à la promotion d'un produit, qu'il s'agisse d'une publicité, d'un emballage ou d'un dispositif d'avis clients. Les avis constituent donc un véritable support de communication commerciale.

Quelles sanctions encourt le professionnel ?

Les conséquences peuvent être particulièrement lourdes.

Le délit de pratique commerciale trompeuse est sanctionné par l'article L. 132-2 du Code de la consommation. Les peines peuvent atteindre :

  • deux ans d'emprisonnement ;

  • 300 000 euros d'amende pour les personnes physiques ;

  • un montant pouvant être porté à 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel ou à 50 % des dépenses engagées pour la pratique illicite dans certaines hypothèses.

Au-delà des sanctions pénales, les conséquences pratiques sont souvent immédiates :

  • enquêtes de la DGCCRF ;

  • injonctions de mise en conformité ;

  • actions de consommateurs ;

  • atteinte à la réputation de l'entreprise ;

  • perte de confiance des distributeurs et partenaires commerciaux.

Pour une PME ou une marque en développement, le risque réputationnel peut parfois dépasser le risque financier.

Comment sécuriser la gestion des avis clients ?

Une politique de conformité simple permet de réduire fortement les risques.

Les entreprises devraient notamment :

  1. vérifier que les avis proviennent de consommateurs réels ;

  2. documenter les mécanismes de collecte ;

  3. conserver les justificatifs d'achat lorsqu'un système d'avis vérifiés est revendiqué ;

  4. publier les règles de modération ;

  5. éviter toute suppression arbitraire des avis défavorables ;

  6. encadrer les interventions des agences marketing et prestataires spécialisés dans la gestion de l'e-réputation.

Un audit régulier des pratiques digitales peut également être opportun avant un contrôle de la DGCCRF ou lors du lancement d'une nouvelle campagne marketing.

Conclusion

Les faux avis ne relèvent plus seulement d'une question d'éthique commerciale ou de gestion de réputation. Ils constituent aujourd'hui un véritable enjeu de conformité. Dès lors que les avis influencent le comportement économique du consommateur, leur manipulation est susceptible de caractériser une pratique commerciale trompeuse.

Les entreprises, notamment dans les secteurs agroalimentaire, cosmétique, pharmaceutique ou des compléments alimentaires, ont donc intérêt à mettre en place des procédures robustes de collecte, de vérification et de modération afin de sécuriser leurs communications commerciales.

FAQ

Un faux avis client est-il forcément illégal ?

Oui, lorsqu'il est utilisé dans un objectif commercial et qu'il est susceptible d'influencer le comportement du consommateur, il peut constituer une pratique commerciale trompeuse.

Peut-on supprimer un avis négatif ?

Uniquement dans certaines situations légitimes (contenu illicite, injurieux, hors sujet, etc.). Une suppression systématique des avis défavorables peut être problématique.

Les avis publiés sur une marketplace sont-ils concernés ?

Oui. Les obligations s'appliquent indépendamment du support utilisé dès lors que les avis participent à la promotion des produits ou services.

La DGCCRF contrôle-t-elle les avis en ligne ?

Oui. La lutte contre les faux avis constitue un axe récurrent des contrôles portant sur les pratiques commerciales numériques.

Une agence de communication peut-elle engager la responsabilité de l'entreprise ?

Oui. Le recours à un prestataire n'exonère pas le professionnel bénéficiaire des avis trompeurs de sa propre responsabilité.

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Tanguy Renault, avocat en droit économique et régulation

À propos de l'auteur

Tanguy Renault

Avocat au Barreau de Paris

J'accompagne les entreprises des secteurs Food, Pharma & Santé et FMCG dans la définition de leur stratégie commerciale.

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